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Everything is a Remake

Depuis plusieurs années, le cinéma hollywoodien propose une pléthore de reprises. Ce sont des remakes, des prequels et des reboots. The Thing reprend le film de John Carpenter, Batman Begins redémarre la série Batman, l’histoire de Star Wars : Episode I – The Phantom Menace commence avant celle du film original de 1977, etc. Un premier teaser vient d’ailleurs d’apparaître pour le film Total Recall, remake du film… Total Recall. Et bien entendu, des rumeurs circulent et tournent et repassent : De père en flic, Bienvenue chez les Ch’tis, Point Break et ces sympathiques tortues mutantes qui seront retransformées par Michael Bay (voyez-vous le jeu de mots?).

J’adore! C’est tout simplement parfait!

« Un remake n’est pas une œuvre originale! »

Une œuvre originale? Vraiment? Si le film parfait se doit d’être une œuvre originale, mais réellement originale, nous devrions détruire les Star Wars, les Nolan, les Tarantino, les Kubrick et le cinéma de genre, les adaptations cinématographiques, les mythes revisités. Ça suffit les puristes!

« Les remakes ne servent qu’à faire de l’argent! »

Oui… mais non. Pour les studios hollywoodiens, les remakes réconcilient deux objectifs fondamentaux : obtenir un film à partir d’un bon matériau qui a fait ses preuves et acheter à moindre coût les droits de ce matériau. Dans ce monde d’une compétitivité étouffante, minimiser les risques financiers tout en misant sur une valeur sûre donne une longueur d’avance.

« Un remake? Mais le film original existe déjà! Il va disparaître! Nooooon! »

De toute évidence, le film original bénéficie du remake. Ceux qui disent ne pas avoir aimé le remake redonnent les honneurs à l’original. C’est souvent le cas de ceux qui ont vu l’original, puisqu’il s’agit d’une idée préconçue que l’œuvre originale domine son remake qui devient l’ombre de son chien. D’un autre côté, ceux qui ont aimé le remake seront probablement curieux de découvrir l’original.

Et à ceux qui pensent que les remakes plagient et volent les idées des autres pour sucer leur substance, je vous recommande Everything is a Remix de Kirby Ferguson, disponible sur vimeo (http://vimeo.com/kirbyferguson; si le lien ne fonctionne pas, cliquez dessus à nouveau) et le livre de Raphaëlle Moine, Remakes : les films français à Hollywood.

Après, il faut du courage et un brin de prétention pour se dire original.

– fl –

C’est de ta faute

J’écris ce court texte simplement pour clarifier une situation ambiguë. Oui, la Boîte Noire Laurier ferme ses portes. Oui, le déclin du support sur disque affecte les clubs vidéo. Oui, Internet nuit aux commerçants en cinéma.

Mais tout ça, ne l’oublie pas, c’est de ta faute!

Un client de la Boîte Noire me racontait qu’un jeu vidéo, vendu à près de 100 000 exemplaires, est joué sur Internet par plus d’un million de personnes. Fais le calcul.

Jeux vidéo ou cinéma, la situation est analogue.

Le film que tu télécharges illégalement ou celui que tu écoutes en streaming, malgré l’idée préconçue qu’une fois n’est pas coutume, qu’une seule fois ne nuira assurément pas à l’industrie cinématographique, c’est un film pour lequel tu ne paies pas. Tu nuis à la vie du film lorsque tu joues l’autruche.

Une fois n’est pas coutume, peut-être, mais des millions d’individus pensent comme toi. Ne l’oublie pas.

(Et ceux qui disent le savoir ne prêchent pas par l’exemple.)

– fl –

Taken : qualités et défauts du cinéma d’action

Affiche ingénieuse: l'usuel tagline est remplacé par un extrait du dialogue.

2008.

Réalisation : Pierre Morel.

Scénario : Luc Besson & Robert Mark Kamen.

Le film d’action se caractérise par une suite de scènes spectaculaires avec un important effet de gradation. Les plus réussis d’entre eux respectent avec une étonnante rigueur la courbe dramatique en crescendo et la structure en trois actes (exposition, développement et dénouement).

A Perfect Getaway, Pitch Black, Predators, Duel, Jaws, The Matrix, Unknown, Die Hard, Taken, The Bourne Ultimatum (sans ordre ni préférence dans l’énumération) obéissent tous aux mêmes lois. La supériorité des uns sur les autres ne découle donc pas d’un manque de savoir-faire des scénaristes et des réalisateurs, mais plutôt d’un manque d’imagination.

Dans le très énergique film de Pierre Morel, Taken, Liam Neeson joue le rôle d’un ancien espion du nom de Bryan Mills qui se rend en Europe dans le but de retrouver sa fille kidnappée par un groupe de trafiquants d’humains.

Les scènes haletantes s’enchaînent avec une rapidité déconcertante, l’interprétation musclée d’un Liam Neeson qui démolit des têtes n’échoue pas à divertir, les antagonistes qu’il affronte se révèlent plus méchants et sournois les uns que les autres, mais le récit s’essouffle vers les deux tiers, c’est-à-dire à la fin du deuxième acte. Les actions, semble-t-il, ne servent plus qu’à retarder le dénouement.

Pourquoi un film comme The Bourne Ultimatum réussit-il à divertir pendant cent quinze minutes tandis que Taken souffre d’une baisse d’intérêt avec trente minutes en moins? La réponse à cette question réside à mon sens dans ce que Robert McKee appelle des « complications progressives. » Plutôt que de tenter une traduction hasardeuse, je fais appel à votre bilinguisme :

“Progressions build by drawing upon greater and greater capacities from characters, demanding greater and greater willpower from them, putting them at greater and greater risk, constantly passing points of no return in terms of the magnitude or quality of action.”

De nombreux obstacles se dressent devant Bryan Mills et l’empêchent de retrouver sa fille, mais Bryan Mills, expert en combat et en diverses méthodes pour exploser des têtes – sens figuré –, surmontent les obstacles sans sourciller, du début à la fin. Oui, lors du dernier affrontement, une balle l’atteint et une lame de couteau l’écorche, mais il ne sourcille toujours pas. Ses adversaires sont indignes de lui. Donc, la tension se relâche.

Jason Bourne (The Bourne Ultimatum et les deux précédents films), quant à lui, affronte ses adversaires suivant une progression particulière. Au début, il désarme de simples policiers et à la fin toujours, des agents spéciaux de la C.I.A., entraînés comme lui à se battre et à tuer, le pourchassent.

Si, pour réussir à surmonter les obstacles, le héros n’éprouve aucune difficulté, le récit risque de tourner en rond. Multiplier des obstacles, à la Taken, se révèle souvent être une solution désolante. Toutefois, améliorer progressivement l’importance, la force et l’impact de chaque obstacle, un à la fois, permet théoriquement de construire un récit solide et captivant.

Un héros sans faille est un antihéros : l’identification entre celui-ci et le spectateur est presque impossible. Par contre, un héros faillible est un héros que nous voulons accompagner dans sa quête.

Après tout, Superman a sa kryptonite. Pourquoi alors Bryan Mills serait-il invincible?

-fl-

The Player : ou comment une comédie satirique devient un thriller qui devient un mélodrame


(1992. Réalisation : Robert Altman. Scénario : Michael Tolkin.)

The Player raconte l’histoire de Griffin Mill. Griffin Mill, protagoniste et producteur exécutif dans une major hollywoodienne, roule dans une grosse voiture et fréquente une collègue dans le lit. Il rencontre des gens aussi bien habillés que lui (autant que le permet la mode du début des années 90) et boit de l’eau embouteillée et dispendieuse. Jusque-là, tout va bien. Le travail de Mill consiste à écouter des pitchs de films (pardon, des « abrégés de films ») et juger si la proposition mérite une plus grande considération. Si oui, Griffin Mill monte voir son patron et lui soumet l’idée. Si ce denier aime, le studio envoie le feu vert et la production commence enfin. Par contre, des milliers d’abrégés de film, une douzaine seulement trouvent une fin heureuse – l’ironie est que ces films finissent effectivement avec une fin heureuse.

Du coup, Griffin Mill s’attire de nombreuses inimitiés au point qu’un jour, il reçoit des lettres (des cartes postales, plus précisément) de menaces. Mill découvre le responsable et le traque jusqu’au cinéma de Pasadena. Il lui propose une trêve, mais le scénariste refuse. Puis, à grand renfort de verres d’alcool, la soirée prend une tournure inattendue et l’impensable devient réalité : le producteur tue le scénariste.

Note : avec mes 200 mots – 175 de trop – pour décrire ce qui n’est que le premier acte d’un film, un producteur aurait déjà fermé cette page. Je serais donc contraint de le harceler.

The Player raconte une histoire simple, certes, mais sous cette histoire simple, des niveaux de sens se croisent, s’entrechoquent et se courtisent. Les références abondent, les autoréférences pullulent, le film parle des films qui parlent du film. Les vedettes jouent des personnages ou jouent des vedettes qui jouent des personnages.

Derrière ce labyrinthe de sens inextricables, le film dresse un portrait caustique du monde de la production hollywoodienne. Producteurs et scénaristes entretiennent une relation tendue. Une construction dramatique efficace permet à la tension de culminer aux moments clés de l’intrigue. Et les personnages, des plus antipathiques aux plus gentils, se révèlent attachants. Le scénario lucide et déstabilisant de Michael Tolkin et la réalisation souple et précise de Robert Altman confèrent à ce film les qualités indéniables d’une œuvre forte.

– fl –

Confessions of a Dangerous Mind : la double vie d’une oeuvre

(2002. Réalisation : George Clooney. Scénario : Charlie Kaufman.)

Dans les années 80, alors qu’il traverse une période trouble de sa vie, Chuck Barris – vedette américaine du petit écran – écrit son autobiographie.  Des années plus tard, à la fin de 2002, une adaptation cinématographique voit le jour : Confessions of a Dangerous Mind, scénarisé par Charlie Kaufman (Being John Malkovich, Adaptation.) et réalisé par George Clooney – choix étonnant, mais le départ impromptu de Bryan Singer force Clooney à prendre les commandes du film.

Malgré le dynamisme de sa mise en scène et la profondeur d’un scénario sordide et complexe, les qualités du film ne se démarquent pas suffisamment pour se nicher une place dans la sélection des Oscars de 2003. L’académie préfère Martin Scorsese avec son épique Gangs of New York, Roman Polanski avec sa fable sur l’humanité The Pianist, la haute voltige colorée de Chicago et l’héroïsme ostentatoire de Lords of the Rings : The Two Towers. Charlie Kaufman décroche certes une nomination, mais pour Adaptation., ironiquement.

Confessions of a Dangerous Mind raconte la double vie de Chuck Barris. De jour, Chuck Barris essaie de survivre en tant qu’animateur-concepteur de jeux télévisés. De nuit, il découvre un besoin de sensations fortes en tant que tueur à gages pour la C.I.A. Deux univers apparemment opposés se rencontrent et grandissent mutuellement, s’harmonisent et se confrontent.

La présence de deux figures féminines fortes permet de mettre en relief la confrontation. Chuck Barris – animateur – fréquente la douce Penny (Drew Barrymore) et développe avec elle une relation plus normale que Chuck Barris – tueur à gages – qui s’amourache brièvement et intensément de la fatale Patricia (Julia Roberts).

Le film accuse par contre un ralentissement vers la fin du deuxième acte, lorsque Chuck Barris tente de réparer sa relation brisée avec Penny. Outre cette baisse de régime, la mise en scène de Clooney se révèle être énergique et ingénieuse. Le réalisateur privilégie les plans-séquences où parfois les acteurs doivent à toute vitesse se changer et se déplacer hors-cadre et ainsi donner l’illusion d’une ellipse sans jamais briser la continuité du plan.

Par ailleurs, pour les rôles principaux, Clooney est parvenu à réunir une  équipe rien de moins qu’incroyable : Sam Rockwell, Julia Roberts, Drew Barrymore et bien sûr Clooney lui-même. Le jeu de Sam Rockwell en particulier mérite des louanges. Ensuite, pour les rôles secondaires, défilent à l’écran, pas nécessairement dans cet ordre : Maggie Gyllenhaal, Rutger Hauer, Michael Cera et une mention spéciale à Isabelle Blais. Le jeu de Rutger Hauer glace le sang.

Une simple scène de restaurant dans laquelle Keeler (Rutger Hauer) discute avec Chuck Barris constitue un délicieux morceau d’anthologie. Une scène courte, mais vivante, qui cache une vérité saisissante, voire horrible. Visiblement, ce scénario demeure une pièce de choix. Il recèle de trouvailles et de détails anodins d’apparence, mais capitaux pour maintenir l’attention.

Bref, malgré que l’effet nouveauté de ce film soit dissipé depuis quelque années déjà, malgré qu’aucune distinction « importante » ne le porte sur l’avant-scène médiatique, contrairement aux titres mentionnés plus haut, malgré également sa relative contemporanéité l’empêchant d’entrer dans la catégorie « classique », il importe de ne pas laisser Confessions of a Dangerous Mind tomber dans les sombres oubliettes de l’âge ingrat d’une œuvre cinématographique.

– fl –

Wag the Dog : comment construire une histoire

(1997. Réalisation : Barry Levinson. Scénario : Hilary Henkin & David Mamet.)

Moins de deux semaines avant les élections, un scandale sexuel éclabousse le président. Aussitôt, les conseillers présidentiels engagent un producteur dans le but de créer de toutes pièces une machination médiatique suffisamment puissante pour détourner l’attention publique. Cette machination n’implique rien de moins qu’une guerre – contre les Albanais.

Grâce à une mise en scène énergique et un sujet actuel (c’est le moins qu’on puisse dire), Wag the Dog réussit à maintenir l’attention et exercer une vive fascination. Pourtant, ni les répliques, ni les blagues générées par les situations comiques ne ressortent avec éclat. Les revirements de fortune et les surprises ne constituent pas non plus un argument majeur à ce film. Alors?

Cette fin de décennie voit par ailleurs naître des monuments comme Titanic, Good Will Hunting, Jerry Maguire, L.A. Confidential, Brave Heart, Fargo, etc. Alors que faire d’un film qui n’offre ni le drame profond de Titanic (j’émets quelques réserves pour cet exemple) et Good Will Hunting, ni les percutantes répliques de Jerry Maguire, ni la force héroïque de Bravo Heart et L.A. Confidential, ni le cynisme sanglant de Fargo?

Les personnages de Wag the Dog sont des monstres, campés avec force par des acteurs de talent (performance colorée de Dustin Hoffman et de Robert De Niro). Le scénario est une bête avec des griffes qui propose un commentaire critique mordant sur la politique américaine, le pouvoir des médias et l’industrie hollywoodienne. Dans Wag the Dog, ces trois entités n’en forment plus qu’une seule.

Lorsque le producteur Stanley Motss (Hoffman) dit que l’acte un est terminé, l’acte un du film prend fin. Lorsqu’il dit que l’acte deux doit relancer la campagne électorale, l’acte deux relance le film. La surprise, c’est l’acte trois que je vous laisse découvrir.

Bref, le spectateur voit l’envers du décor. Un monde où règnent des hommes/dieux, inventeurs d’histoire, créateur de mythes, manipulateurs experts.

Enfin, une distribution toute étoile parsème le film. Kirsten Dunst, William H. Macy, Willie Nelson et Woody Harrelson nous offrent chacun un petit moment accrocheur.

Un film percutant, tranchant et sincèrement amusant. Courez le louer. Non, désolé. Téléchargez-le.

– fl –